—M. le duc d’Otrante peut certifier à Votre Majesté que les choses se sont passées comme j’ai l’honneur de les lui rapporter.

—Vous êtes un maladroit! dit sévèrement l’Empereur; puisque M. de Neipperg s’évadait, il fallait le laisser courir... n’est-ce pas votre avis, Fouché?

—Votre Majesté a parfaitement raison. Si j’avais eu l’honneur d’être encore ministre de la police, j’aurais deviné que quelque malentendu pouvait exister... il fallait prévoir que l’Empereur se raviserait, et mieux informé, ferait grâce...

—Oui, on devait prévoir! dit Napoléon à Savary, abasourdi des reproches... Vous ne savez pas prévoir, monsieur, vous ne pouvez savoir administrer!

—Il fallait, continua Fouché, profitant de l’approbation impériale, donner aux agents l’ordre de conduire le prisonnier du côté opposé à la forêt où l’attendait le peloton... voici ce que j’aurais fait si j’avais eu l’honneur d’être ministre de la police!

—C’est regrettable que vous ne le soyez pas! dit Napoléon.

—Ma foi! sire, reprit vivement Fouché, pardonnez-moi alors... car j’ai fait comme si je l’étais...

—Comment cela?

—Prévoyant qu’il y avait une erreur et persuadé que Votre Majesté, après s’être renseignée et ayant reconnu la parfaite innocence de toutes les personnes en cause, regretterait la décision lancée dans un moment de colère et ferait grâce à M. de Neipperg, j’ai pris sur moi de commander aux agents,—des hommes sur qui je pouvais compter,—je leur ai ordonné de tourner le dos à la forêt et de mener M. de Neipperg sur la route de Soissons... ils ont cru que j’étais redevenu ministre de la police.

—Vous l’êtes! s’écria vivement l’Empereur, charmé de la solution que lui apportait Fouché.