A Auerstaedt, où Davoust ne fut pas secouru par Bernadotte, qui le jalousait et s’en tint à la lettre des ordres de Napoléon, en gardant sa position à Dornbourg, les Prussiens crurent un moment anéantir le 3e corps, mais la division Friant et la division Morand décidèrent de la victoire. Brunswick était frappé à mort, le maréchal de Mollendorf dangereusement blessé.
Le double et glorieux combat du 14 octobre anéantit l’armée prussienne. La débâcle fut épouvantable. Les cavaliers de Murat sabrèrent jusqu’à Weimar les fuyards.
Sans l’inaction de Bernadotte, il ne restait pas un soldat à la Prusse au lendemain de ces deux combats, où le maréchal Davoust égala Napoléon: Il doit partager sa gloire.
Le soir du combat, Napoléon parcourut un coin du champ de bataille.
Il regardait, pensif, des cadavres amoncelés auprès d’un bouquet de bois, où la cavalerie prussienne avait chargé.
Le numéro du régiment le frappa.
—De la 32e! s’écria-t-il. Encore de la 32e!... il en est tant tombé en Italie, en Egypte, en Allemagne, partout... Oh! les braves gens! dit-il à Rapp, son aide de camp, tout ému, comment peut-il rester encore des hommes de cet invincible régiment!
Et, l’Empereur, s’arrêtant, souleva son petit chapeau, et mit son cheval au pas, rendant ce suprême hommage à ces vaillants de la 32e demi-brigade, les soldats du pont d’Arcole et de Marengo.
Il continua sa ronde. A l’entrée du village d’Auerstaedt, se trouvait une petite ferme, autour de laquelle un vif engagement s’était livré, à en juger par les morts qui gisaient alentour et par les armes brisées, jetées, jonchant la prairie et le jardin attenant à la ferme.
Devant la porte de la grange soigneusement fermée, l’Empereur aperçut la silhouette démesurée d’une sorte de maigre géant, debout, paraissant monter la garde.