—Rapp, venez près de moi!

Rapp avança son cheval.

Napoléon porta vivement la main à la poitrine de Rapp, en détacha la croix de la Légion d’honneur, et la tendant à La Violette, tout abasourdi, lui dit:

—Tambour-major La Violette, tu es un brave... dorénavant tu porteras le signe de la bravoure... Rapp, faites diriger ces prisonniers sur Iéna!

Et sans attendre les remerciements du nouveau chevalier, véritablement ahuri, Napoléon mit son cheval au galop et continua sa visite du champ de bataille.

La Violette, les deux mains posées sur sa canne, considérait, pensif, la croix scintillant sur sa poitrine.

Il murmura d’un air profondément troublé:

—Je ne suis pas un poltron... je suis un brave?... moi, allons donc! Pourtant l’Empereur l’a dit...

Il ajouta en brandissant sa canne avec énergie:

—Enfin, ça y est... A présent il n’y a plus qu’à prouver à l’Empereur qu’il ne s’est pas trompé... Ah! quand donc aurai-je le bonheur de me faire casser la gueule pour lui!...