Il attendait respectueusement que l’Empereur eût fini de dicter.

Napoléon allant droit à lui, dit avec jovialité en lui secouant la main vigoureusement:

—Eh bien! mon vieux Lefebvre... Nous nous en sommes pas mal tirés cette fois... Hein! qu’en dis-tu?

—Sire, avec vous et mes grenadiers, on s’en tirera toujours!

—La garde impériale à pied, que tu commandais, a été admirable!...

—La garde impériale à cheval, que Bessières commandait, a été superbe aussi! dit Lefebvre qui exceptionnellement n’était pas jaloux des autres maréchaux et les aimait tous, excepté Bernadotte, en qui sa franche nature devinait la trahison.

—Vous avez tous été admirables! reprit Napoléon, et tu pourras dire à tes grenadiers ce soir: Soldats, l’empereur est content de vous!...

—Merci! oh! merci, sire!... ça leur suffira... d’ailleurs ils ne l’ont pas volé ce remerciement... Savez-vous que la garde a fait quatorze lieues d’une seule étape, en cognant tout le temps... Oh! sire, vous m’avez autrefois donné votre sabre des Pyramides, dit avec familiarité Lefebvre, vous ne ferez pas mal de m’en offrir un autre... le mien est tout faussé, voyez! on dirait un tire-bouchon...

—Bien! bien!... à la place de ton sabre, on te donnera une épée... Tu as déjà un bâton... tu pourras marcher ainsi...

—Je ne comprends pas bien... dit Lefebvre, dont les facultés d’induction n’étaient pas très développées... Sire, expliquez-moi...