—Voyons, tu as déjà le bâton de maréchal...

—C’est vrai... mais l’épée?...

—Tu comprendras plus tard... Donne-moi ton avis... Tu étais là quand je dictais cette note relative à la reine de Prusse...

—Oui, sire; est-ce que je puis parler...

—... Avec la liberté d’un soldat qui sait mal farder la vérité! dit avec emphase Napoléon qui aimait beaucoup à citer des vers de tragédie; je t’écoute, Lefebvre!...

—Eh bien, sire... je ne fais pas la guerre aux femmes, moi, et à votre place, je laisserais tranquille la reine de Prusse.

—Elle a voulu la guerre, c’est elle qui est cause que tant de mes braves dorment ce soir, sans tombeau, dans les vallons d’Iéna, dans les rues d’Auerstaedt!...

—Le peuple prussien voulait aussi la guerre...

—La reine l’a poussé, ensorcelé, trompé, dit avec fermeté Napoléon. Les bourgeois et les ouvriers, laboureurs, artisans, avaient vu la guerre avec peine. Oui! une poignée de femmes, de jeunes officiers, ont seuls fait le tapage et le mal... il n’y a pas un homme sensé qui n’ait deviné ce qui allait advenir, aussi bien à Paris qu’à Berlin...

—Ça c’est vrai!... les Prussiens ne pouvaient pas se mettre dans le toupet qu’ils battraient Napoléon, Lannes, Ney, Davoust, Soult, sans m’oublier avec mes grenadiers! dit Lefebvre avec une naïve simplicité, qui excluait toute idée de fanfaronnade et de gloriole.