—Cré nom de nom! voilà un petit rejinglard qui mérite qu’on fasse de près sa connaissance!...

Comme le prince et la princesse se regardaient les lèvres pincées, essayant de dissimuler un sourire, Lefebvre brusquement se leva, porta le verre à ses lèvres; puis, après l’avoir tenu en l’air un instant, restant debout devant les convives, il dit:

—A la santé de Sa Majesté Napoléon, empereur et roi!...

L’ironie des sourires cessa. Lefebvre avait repris son aplomb.

Il tendit assez majestueusement son verre à la princesse interdite.

—Un second verre, s’il vous plaît, demanda-t-il.

Et de nouveau élevant son verre, il dit d’une voix ferme:

—A la gloire de la Grande-Armée!... Honneur et respect à l’armée prussienne!

Le prince et la princesse s’inclinèrent, et approchèrent leur verre des lèvres. Personne, même dans l’impassible domesticité qui assistait au repas, ne songea plus à se moquer intérieurement du maréchal. La Grande-Armée ne prêtait pas à rire.

Le dîner se termina froidement.