Lefebvre, prétextant un rapport à préparer, prit congé de bonne heure, laissant Henriot dans la joie de demeurer auprès d’Alice.
—Tu sais que nous partons demain! dit Lefebvre à son filleul en le quittant sur le seuil du salon... Je vais envoyer un aide de camp à Lasalle pour l’avertir que je t’enlève...
—Je suis à vos ordres, mon parrain... Vous me permettrez seulement de revenir faire mes adieux à madame la princesse et à mademoiselle Alice avant de partir pour...
—Ça suffit, bougre de bleu! dit vivement Lefebvre, coupant la parole au jeune homme interdit... tu reviendras, si tu le veux, présenter tes hommages à ces dames... mais, ajouta-t-il, en se penchant à son oreille: tiens ta langue, nom de nom!...
Henriot demeura confus sous la semonce. Imprudemment il avait été sur le point de révéler le but de la grande entreprise confiée par l’Empereur à Lefebvre. Il se mordit les lèvres et se promit d’être plus réservé.
Mais la colère du maréchal, l’embarras du jeune officier, n’avaient pas échappé au prince.
Il flaira un secret d’Etat, un mouvement de troupes important, une marche en avant de la Grande-Armée, peut-être une attaque rapide sur le flanc de l’armée russe, en route vers la Pologne.
Ces surprises étaient familières au génie de Napoléon.
C’est au moment où il semblait tout attaché à l’organisation intérieure de la Prusse conquise, où il se montrait en apparence occupé de fêtes, de réceptions, de spectacles, dont il réglait lui-même l’ordre et la distribution, qu’il préparait peut-être un de ces coups d’audace qui stupéfiaient ses adversaires, et la veille du combat lui assuraient la victoire.
Et le prince, anxieux, se demandait de quelle façon il pourrait obtenir la révélation de ce secret, en partie échappé au jeune hussard.