S’il parvenait à surprendre les desseins de Napoléon, en avertissant le roi son maître, il relevait peut-être la Prusse de son écrasement. Une seule défaite enlevait le prestige de Napoléon. Vainqueurs dans une rencontre unique, les Allemands reprendraient force de courage. L’empereur Alexandre, de son côté, s’enhardirait, presserait la marche sur les Français démontés par un premier revers. Oui, à tout prix, il fallait connaître le but mystérieux vers lequel se dirigeait le maréchal Lefebvre, il fallait profiter de l’occasion et savoir le plan nouveau qu’avait conçu l’Empereur.

Le prince, dans une rêverie profonde, étudiait ce moyen, laissant son regard errer par le vaste salon où la princesse de Hatzfeld, entourée de quelques visiteurs, conversait légèrement, tandis qu’à voix basse causaient délicieusement, l’un près de l’autre serrés, dans l’angle le moins éclairé de la pièce, Henriot et Alice.

—Ah! cette jeune fille!... par elle je saurai quelque chose! se dit le prince, et aussitôt sa physionomie s’éclaira et un sourire de confiance et d’espoir zigzagua sur ses lèvres.

M. de Hatzfeld rentra dans le cercle des invités et se montra d’une amabilité grande.

Quand l’heure de se retirer fut venue, il serra cordialement la main à Henriot et lui dit:

—Je vous prierai, commandant, de considérer cette maison comme la vôtre, tant que durera votre séjour à Berlin... Mais je crois que vous aurez peu de temps à nous consacrer encore? Ne partez-vous pas bientôt? ajouta-t-il d’un ton qu’il s’efforça de rendre indifférent.

Henriot eut un mouvement d’hésitation.

—J’accompagne le maréchal! répondit-il simplement.

—Oh! alors ce sera pour l’époque de votre retour! dit le prince sans insister.

Quand tous les hôtes du palais municipal furent partis, la princesse étant rentrée dans son appartement, le prince sonna et fit appeler mademoiselle Alice, qui avait accompagné sa maîtresse.