Très onctueux, très paternel, le prince interrogea la jeune fille tremblante. Il lui fit raconter son enfance et l’amena à lui parler d’Henriot. Enhardie,—on arrive si facilement aux confidences lorsqu’on vous questionne sur celui qu’on aime,—Alice avoua combien Henriot tenait de place dans son cœur.
Le prince sourit, l’encourageant, la poussant à tout lui apprendre. Et comme la jeune fille s’arrêtait, avec un pudique embarras, en disant: «Mais il n’y a plus rien, Excellence!... je vous ai tout appris!...» le bourgmestre lui dit:
—Vous aimez cet officier... je suppose qu’il vous aime également... vous n’avez rien de caché l’un pour l’autre... cependant il vous quitte, il s’en va, peut-être pour longtemps, pour toujours, et vous ne savez même pas où il va!...
—Non! je ne sais rien! fit Alice le cœur serré, tout émue par les paroles inquiétantes du prince... Etait-il possible qu’Henriot, à peine retrouvé, s’éloignât sans lui dire même vers quelle ville il se dirigeait, s’il serait longtemps absent, s’il reviendrait bientôt.
Le prince observait, en souriant, le trouble où ses paroles avaient plongé la jeune fille.
Il jugea inutile de prolonger cet interrogatoire. Il en avait assez dit pour être certain qu’Alice, le lendemain, en revoyant Henriot, chercherait à savoir de lui le but de ce voyage secret.
Avec impatience, il attendit la venue du jeune homme.
Vers dix heures, le matin, un bruit de chevaux dans la cour du palais municipal avertit le prince de la venue du commandant Henriot.
Confiant son cheval à un hussard, le jeune homme monta aux appartements, se fit annoncer à la princesse de Hatzfeld qui s’excusa de ne pouvoir le recevoir, étant souffrante, et lui envoya sa lectrice.
Les adieux des deux jeunes gens furent rapides et attristés.