Au moment où Henriot allait enfin se décider à quitter Alice, car Lefebvre devait s’impatienter ayant fixé le départ à onze heures, la jeune fille lui demanda timidement:

—Henriot, vous ne m’avez pas dit où vous alliez... je désirerais tant vous suivre par la pensée, vous accompagner du fond du cœur dans les combats nouveaux où sans doute vous êtes emporté... pourquoi me cachez-vous le but de ce départ?...

Henriot regarda Alice avec une attention profonde.

—Vous voulez savoir où le maréchal m’emmène, mon Alice?... Curiosité de femme, n’est-ce pas?... Eh bien! c’est à Dantzig que l’Empereur nous envoie... Oui, nous allons faire le siège de cette ville et la prendre... Vous voyez, Alice, que je ne vous garde rien de secret...

—Oh! comme vous me dites cela, Henriot... est-ce que j’ai mal fait de vous questionner?... pardonnez-moi!...

—Est-ce de vous-même, Alice, que vous m’avez ainsi interrogé?... quelqu’un n’a-t-il pas cherché à savoir de vous où l’Empereur nous ordonnait de nous rendre?... répondez-moi?... demanda le jeune officier que l’avertissement de Lefebvre avait, depuis la veille, rendu méfiant.

—Oui... c’est le prince de Hatzfeld qui m’a interrogée... il a voulu savoir de moi si je connaissais le but de votre voyage.

—Le prince de Hatzfeld!... oh! c’est pour nous trahir! s’écria Henriot... il a cependant prêté un serment solennel à l’Empereur... Adieu, ma chère, à bientôt!... il faut que j’aille retrouver le maréchal... Nous nous reverrons quand Dantzig sera pris... Jusque-là silence!... Pas un mot au prince ni à son entourage... Heureusement il ne sait rien... A bientôt!...

Dans sa précipitation, Henriot se trompant d’issue, au lieu de gagner le vestibule, ouvrit une porte donnant accès au cabinet du prince.

Il trouva le bourgmestre debout contre cette porte, très troublé à la brusque apparition d’Henriot.