Le prince devait être fusillé vingt-quatre heures après la sentence.
Mais Davoust, Rapp, Duroc tentèrent une dernière fois de fléchir l’Empereur. Ils le supplièrent d’épargner le prince. C’était le patriotisme qui l’avait poussé. Son crime avait un caractère de défense légitime. L’Empereur serait plus redoutable en pardonnant. Il désarmerait les passions et s’attirerait l’admiration de tout le peuple allemand par son acte de générosité.
Napoléon demeurait sourd à ces larmes et à ces prières, quand on imagina de le faire se trouver en présence de la princesse de Hatzfeld.
Touchante dans son attitude suppliante, enceinte et intercédant au nom de l’enfant qui allait être orphelin avant d’avoir vécu, la princesse essaya d’arracher à l’Empereur un ordre de grâce.
Elle aurait échoué, si, au dernier moment, une jeune fille, amenée par Rapp, n’eût réussi à forcer la porte du cabinet de l’Empereur.
C’était Alice, en vêtements de deuil, les yeux pleins de larmes, qui venait joindre ses prières à celles de la princesse. Elle raconta à l’Empereur son enfance, les soins dont la maréchale Lefebvre, remplaçant sa mère, l’avait entourée, puis l’aide qu’elle avait trouvée chez la princesse de Hatzfeld. Enfin, elle parla de son ami des jeunes années, d’Henriot, le pupille du maréchal, et, en rougissant, elle confessa ses rêves de bonheur avec lui. L’Empereur voudrait-il qu’elle fût la cause indirecte du deuil éternel de sa bienfaitrice?
Napoléon réfléchit longuement. Il se trouvait ému par la supplication de cette jeune fille. Le cœur de bronze devenait malléable.
—Vous êtes la fiancée du commandant Henriot... ce brave hussard qui m’a pris Stettin avec soixante cavaliers? dit-il en fixant son regard aigu sur la jeune fille tremblante, agenouillée avec la princesse devant lui.
—Oui, sire... et avec votre permission j’épouserai le commandant Henriot... le maréchal Lefebvre a déjà donné son consentement...
—Bien!... nous verrons cela quand le maréchal Lefebvre aura accompli la mission que je lui ai donnée... Eh bien! mademoiselle, par égard pour ce vaillant officier qui a accompli l’un des plus étonnants faits d’armes de ce siècle, je vous accorde la grâce que vous demandez... Relevez-vous toutes deux!...