Et, allant à son bureau, il prit une lettre, la montra à la princesse de Hatzfeld:
—Voici la preuve de la trahison de votre mari, madame, dit-il sévèrement... la cour martiale a prononcé en statuant sur cette pièce... la preuve n’existe plus... la cour martiale se réunira de nouveau, et votre mari, contre lequel aucune charge ne sera plus relevée, sera remis en liberté...
Et, d’un geste brusque, l’Empereur jeta dans la cheminée la lettre saisie sur le courrier, qui contenait l’avis au roi de Prusse de la marche vers Dantzig du maréchal Lefebvre.
Comme la princesse et Alice se retiraient en bénissant la clémence de l’Empereur, celui-ci dit, en souriant, à la jeune fille:
—Si le commandant Henriot se comporte aussi bien devant Dantzig qu’à Stettin, je vous promets, mademoiselle, de vous doter en signant à votre contrat de mariage!
Et l’Empereur se remit au travail après avoir dit à Duroc:
—Eh bien, maréchal, vous êtes content de moi?... J’ai été assez faible!... J’ai sottement pardonné!... J’étais pourtant bien en colère!... Je devais faire un exemple... J’ai eu tort!...
—Sire, vous vous êtes vaincu vous-même. C’est la plus grande victoire que Votre Majesté ait encore remportée, répondit le maréchal du palais, et la postérité glorifiera cette journée comme l’une des plus belles de votre règne.
—Ah! Duroc, dit l’Empereur, secouant la tête avec un sourire amer, si jamais je suis vaincu, si je deviens à mon tour obligé de compter avec la clémence des rois, ils seront impitoyables pour moi! Ils se croiront tout permis, eux, les souverains nés, contre moi, le soldat de fortune, comme ils m’appellent... Tenez, parlons d’autre chose... Quelles nouvelles de Paris? L’impératrice donne-t-elle des fêtes, comme je le lui ai ordonné, et Talma est-il toujours supérieur dans Britannicus?...