Chaque soir, de grands feux étaient allumés et joyeusement les hommes chantaient des chansons en brûlant du punch dans les gamelles.

Le moral des troupes était excellent. Seul, le brave maréchal ne décolérait pas. Il ne comprenait rien à toutes les précautions prises par les ingénieurs. Il mâchait son frein, vieux cheval de bataille impatient de courir au combat, et qui dresse les oreilles et frémit de tous ses membres au son attendu de la trompette.

Le jour où nous le retrouvons dans sa tente, écoutant le rapport quotidien lu par son aide de camp, et qu’il interrompait de ses doléances, répétant à tout instant: «Comment, rien de nouveau! Toujours rien de nouveau!...» un petit conseil de guerre était convoqué.

Le général Chasseloup, chargé de la direction des travaux du génie, et le général Kirgener, commandant l’artillerie, ainsi que le général Schramm, venaient conférer avec le maréchal.

—Eh! bien, messieurs, allons-nous bientôt en finir? demanda-t-il en les voyant entrer. C’était son refrain chaque fois qu’il apercevait ses deux bêtes noires, comme il les appelait.

—Un peu de patience, monsieur le maréchal, répondit le général Chasseloup, nous approchons, nous approchons!...

—Serons-nous bientôt en mesure de donner l’assaut?... Où en êtes-vous?... Est-ce que nous devons nous éterniser ici?... reprit Lefebvre qui s’imaginait que ces savants, ces hommes de plume, retardaient l’heure du combat décisif.

—Monsieur le maréchal, dit poliment Chasseloup, veut-il jeter les yeux sur le plan... Voici l’enceinte de Dantzig, ajouta-t-il, montrant un tracé sur la carte... là, se trouvent deux ouvrages séparés par un petit village... qu’on nomme le faubourg de Schildlitz...

—Quand le prenons-nous ce faubourg?

—Dans huit jours.