—Le petit Napoléon-Charles?... le fils d’Hortense... Tu veux parler de cet enfant pour succéder à Napoléon un jour?
—Pourquoi pas? dit Lefebvre avec une grosse jovialité, l’Empereur a toujours été fort attaché à sa mère... sa belle-fille, c’était sa préférée, sa chérie... les mauvaises langues ont même jasé...
—Oui, interrompit la maréchale, on a prétendu que lorsque l’empereur l’a mariée à son frère Louis, Hortense de Beauharnais était grosse... et qu’il était le père de cet enfant... Eh! bien! les langues méchantes ne jaseront plus... Le petit Napoléon-Charles est mort!...
—Ah! mon Dieu!... que m’apprends-tu là!... l’Empereur sera désolé... il aimait beaucoup l’enfant d’Hortense...
—Oui, et puis cette mort dérange ses calculs... Tu sais que je le connais, notre Empereur: l’affection, les doux sentiments, les élans du cœur, tout cela est subordonné à la politique... et c’est ce qui me tourmente. Que dira-t-il quand je vais lui apporter cette désagréable nouvelle!... fit Catherine avec une visible anxiété.
—Il te recevra mal... il te bousculera...
—Bah! je le laisserai crier... je lui répondrai!... tu sais, mon homme, que je n’ai pas ma langue dans ma poche... on ne m’appelle pas pour rien la Sans-Gêne...
—Mais, reprit Lefebvre avec hésitation, tout cela ne m’explique pas ton arrivée soudaine au camp... Pourquoi l’Impératrice t’a-t-elle chargée d’annoncer ce fâcheux événement à l’Empereur...? On n’aime pas d’ordinaire à être la messagère de semblables nouvelles. Je ne comprends pas du tout ce qui t’a poussée à traverser toute l’Europe pour me retrouver dans ces sables et dans ces neiges devant Dantzig!...
—Parbleu! je suis venue te consulter avant de parler à l’Empereur.
—Quel conseil puis-je te donner!