—Je veux que tu me dises ce que je devrai répondre à Napoléon...

—Comment puis-je le deviner? Il faudrait savoir ce que l’Empereur te dira...

—Tu peux t’en douter...

—Sacrebleu!... arrive au fait: quelle confidence as-tu reçue de l’Impératrice? De quelle mission mystérieuse t’a-t-elle chargée?

—Ecoute-moi bien, Lefebvre, et tâche de comprendre...

—Tu doutes de moi, femme!... Ah! si tu savais ce que ces sacrés ingénieurs me forcent à me fourrer dans la caboche avec leurs paperasses et leurs cheminements, tu ne craindrais pas de me faire avaler des choses difficiles... Allons! va, je suis tout oreilles...

—Eh bien! la mort du petit Napoléon-Charles a non seulement attristé, mais effrayé l’Impératrice... Elle avait consulté un tas de gens, des médecins, des sorciers, des rebouteurs, leur demandant un remède, un élixir, une drogue pour être mère... A Luxeuil, à Plombières, partout où les eaux avaient, disait-on, la propriété de rendre la maternité possible... elle s’est transportée, elle a séjourné, rien n’y a fait!

—Ça c’est vrai!... notre pauvre Joséphine aurait bien donné la moitié de sa couronne pour avoir un de ces marmots qui poussent si facilement chez les pauvres gens... c’est le cas de le dire: les uns ont trop, les autres pas assez!... Que de femmes se trouveraient favorisées d’être affranchies comme elle de la marmaille obligatoire, régulière, venant tous les ans avec plus de ponctualité que la récolte... Enfin! l’on ne peut pas tout accaparer... l’Impératrice a d’autres joies...

—Elle craint de connaître la douleur de l’abandon... elle a peur que l’Empereur ne la répudie...

—Parce qu’elle n’a pas d’enfants!... ce serait injuste... ce n’est peut-être pas de sa faute... Ecoute donc! s’il me consultait là-dessus, moi, l’Empereur, je lui répondrais que je lui ai connu pas mal de femmes, la petite Fourès, Belilote, cette gentille compagne d’Egypte, la Grassini, mademoiselle George, sans compter les dames du palais, les lectrices, les dames d’honneur... Aucune n’a pu se vanter d’avoir un héritier de Napoléon, et elles y mettaient de la bonne volonté!... Tu comprends que si elles avaient prouvé à l’Empereur qu’il était père, toutes ces aimables camarades d’un instant devenaient des femmes d’importance... Personne, pas même Duroc, Bourrienne, Junot ou Marmont, ne saurait attribuer à l’Empereur une paternité quelconque... Pour Joséphine, c’est différent! elle a fait ses preuves, elle! Le prince Eugène et Hortense sont là pour affirmer qu’elle possédait les qualités de son sexe.