—Dis donc, Lefebvre, tu ne vas pas prendre de mauvaises habitudes dans ce vilain trou?...

—Un trou!... oh! Catherine, il n’est pas encore fait le trou!... Ces sacrés ingénieurs me le préparent... Sois tranquille! dès que je le verrai ce satané trou, je me précipiterai dans Dantzig et je ne moisirai pas ici, va!...

Le valet de chambre et deux ordonnances du maréchal entrèrent alors et disposèrent la table pour le souper.

La maréchale s’était débarrassée de sa pelisse et, en s’asseyant dans un coin sur un pliant de campagne, elle apostropha le valet de chambre:

—Dis donc, mon garçon, ne manque pas d’apporter du vin de l’archevêque... nous allons, le maréchal et moi, nous donner ce soir une petite pointe!...

Et elle accompagna cette recommandation d’une claque sur ses cuisses massives, son geste familier aux instants de belle humeur.

[XII]
LE DESSERT DE CATHERINE

—As-tu faim? demanda le maréchal à sa femme en lui passant une assiettée de soupe grasse, fleurant bon, et dont l’odorante buée emplit la tente d’un parfum d’appétit.

—Une faim caniche! répondit la maréchale... Dame! ça vous fait descendre l’estomac dans les talons de rouler en chaise de poste à travers tous ces pays qui ont des noms qu’on ne retient pas... Et puis la soupe, ici, semble fameuse... La gorge m’en démange!

—Mes soldats n’en mangent pas d’autre. Toutes les semaines, au hasard, je vais goûter à l’une des gamelles. Ça m’est égal qu’on se moque de moi! L’Empereur s’occupe bien des pieds de ses hommes, lui! Que de fois je l’ai vu faire arrêter une colonne en marche et ordonner à l’un des soldats de se déchausser. Il veut voir de ses propres yeux si ses prescriptions pour la chaussure sont bien exécutées... moi, je m’occupe de l’estomac... Le fusil sur l’épaule, avec de bons souliers et de bonne soupe, on fait le tour du monde!... Un peu de bœuf, Catherine?