—Vraiment... et il se nomme?

—La Mort!...

Alexandre eut un mouvement de surprise, presque un frisson.

—Mais Napoléon, dit-il, est en fort bonne santé, d'après les derniers renseignements venus de Paris et de Dresde... Rien ne peut vous autoriser, comte de Neipperg, à faire entrer en ligne défensive cet allié quelque peu lugubre...

—Sire, mes derniers renseignements à moi me permettent de supposer l'intervention probable de cet allié...

—Et sur quoi fondez-vous cette prévision?

—Votre Majesté n'ignore pas que depuis longtemps, au sein de l'Empire français, des associations redoutables et ténébreuses ont noué des intrigues, réuni des complices, préparé des attentats soudains...

—Oui, je sais, les jacobins...

—Il n'y a pas que les détestables survivants de l'infâme Révolution qui soient les instigateurs de complots contre Napoléon, Sire. Tous les partis ont fourni des éléments à une vaste association nommée les Philadelphes, dont les membres se recrutent principalement dans l'armée... Le général Moreau, du fond des États-Unis, leur a promis son appui... Un général, républicain celui-là, mal récompensé, aigri, puni d'ailleurs de l'emprisonnement, le général Malet, est le chef actuel de cette formidable armée souterraine où s'enrôlent les mécontents, les partisans de la légitimité, les catholiques fidèles indignés des mauvais traitements infligés au vénérable Pontife, prisonnier à Fontainebleau... Sire, voilà pour vous des auxiliaires plus précieux, peut-être, que ceux dont parlaient mon ami M. d'Armsfeld et le comte Rostopchine...

—Mais ce complot est-il sérieux? Est-il près d'aboutir? Ce général Malet, dont j'entends prononcer le nom pour la première fois, représente-t-il une force?