Tous les généraux, Ney en tête, fournirent cependant des rapports défavorables. Ils essayèrent de faire revenir Napoléon sur sa résolution. Les pertes étaient considérables. Les chevaux tombaient par milliers. On ne pouvait plus les nourrir. L'artillerie s'embourbait dans les marécages. Les pluies détrempaient tout. La fièvre faisait des ravages pires que ceux des boulets. Pourquoi ne pas rétrograder sur Smolensk?
Napoléon parut un instant céder aux observations de ses lieutenants, il leur dit enfin:
—Oui, la saison ne nous est guère favorable... ce pays est véritablement désolé et intolérable avec ses terres fangeuses... Si le temps ne change pas, dès demain je donne l'ordre de retourner à Smolensk!...
Le temps malheureusement changea. Le lendemain, 4 septembre, un soleil radieux dorait les tentes de la Grande Armée et faisait gaiement briller les armes. Un air vif séchait les routes. L'espoir et la gaieté revenaient avec le soleil.
—On ne peut pas reculer par un temps pareil! dit Napoléon joyeusement, saisissant le prétexte de retirer la promesse faite, heureux de la marche en avant rendue possible... Allons! Murat, Davout, un peu de nerf, morbleu!... Marchons sur les Russes... Nous finirons bien par les joindre et nous nous reposerons à Moscou!
Alors, redevenu confiant, il donna l'ordre de se porter sur les rives de la Moskowa, rivière qui traverse Moscou et serpente dans les plaines avoisinantes. La bataille devait être livrée vers un village nommé Borodino, où Koutousoff l'attendait avec toute l'armée russe.
Le soleil, comme plus tard la neige, se faisait l'allié des Russes.
Si la pluie eût persisté, en constatant l'impossibilité pour son artillerie de traverser les marécages, Napoléon se fût probablement décidé à retourner prendre ses cantonnements à Smolensk. A défaut de la paix, la guerre se serait prolongée en 1813, et dans des conditions beaucoup plus favorables.
Mais la destinée était autre. Le soleil d'Austerlitz avait changé de camp.