Ils allaient ainsi isolés, aventureux, confiants, dans la nuit noire, à la conquête de Paris et du monde.

Don Quichotte-Malet et Sancho-Lafon déambulaient donc gravement, sans se douter de la folie de leur équipée, se retournant à peine de temps en temps pour s'assurer qu'ils n'étaient point suivis.

Ils allaient, emportés par leur rêve: le général évoquant la vision de Napoléon prisonnier, détrôné, fusillé peut-être; l'abbé voyant le roi Louis XVIII sacré à Reims et lui remettant la barrette de cardinal.

Ils n'échangeaient aucune parole, ayant hâte d'arriver et craignant d'être rejoints, si l'alarme avait été donnée chez Dubuisson.

Enfin ils atteignirent, sans avoir attiré l'attention de qui que ce fût, la rue Saint-Gilles, au Marais, proche la place Royale. Là, dans le cul-de-sac Saint-Pierre, était le logis du moine Camagno.

Malet et Lafon firent tomber dans la boîte, placée à la porte et s'ouvrant intérieurement, les deux fragments de la lettre qui devaient servir de signe de ralliement.

Presque aussitôt la porte s'entre-bâilla.

Le moine les attendait. Il avait une paire de pistolets passés à sa ceinture et sur l'épaule il portait un tromblon.

Rateau et Boutreux se trouvaient dans une salle basse.

Le moine, guidant Malet, lui fit voir trois chevaux attachés à des anneaux dans la cour.