Sur la table de la salle où se tenaient Boutreux et Rateau, des pistolets, une épée, un sabre, un costume de général de division et une ceinture tricolore, étaient rangés.

—Je vois que mes ordres ont été compris et exécutés... c'est d'excellent augure! dit Malet.

Et, tout en souriant, comme s'il s'agissait d'une promenade ou d'une soirée réclamant la grande tenue, Malet revêtit le costume de général apporté par sa femme. Il y ajouta les épaulettes de général de division; Malet n'était que brigadier.

Quand il fut habillé, il dit à Boutreux:

—Prenez cette ceinture et passez-la sous votre redingote... vous êtes commissaire de police du gouvernement national provisoire!...

Boutreux ceignit l'écharpe, donna un coup de poing sur son chapeau, et, prenant aussitôt l'air casseur d'un vieil argousin, l'ancien séminariste se déclara prêt à empoigner tout récalcitrant.

Le caporal Rateau était venu en manches de chemise. Il n'avait pu sortir de sa caserne habillé.

Malet lui montra dans une malle qui appartenait à Marcel, dont l'absence avait été annoncée par un billet envoyé à Camagno, un costume d'état-major.

—Je t'avais promis de l'avancement, mon garçon, dit Malet... Je tiens ma parole!... Te voilà capitaine... endosse cet uniforme: je te fais mon aide de camp!...

—Merci, mon général! vous n'aurez affaire ni à un clampin, ni à un traître... je vous le jure!...