L'abbé Lafon et Camagno devaient rester rue Saint-Gilles, attendant les événements et prêts à exécuter les missions que Malet leur confierait.
Camagno avait réclamé l'honneur d'être le premier à porter à Ferdinand VII la nouvelle de sa prochaine restauration, et l'abbé Lafon, tandis que Malet et ses deux acolytes parcouraient Paris, devait rédiger des brevets et copier des proclamations. Il s'était réservé d'informer le comte de Provence à Londres, et le pape à Fontainebleau, du changement, si favorable pour eux, qui s'accomplissait dans les destinées de la France.
Malet se rendit directement à la caserne Popincourt, qui était toute proche; c'était l'ancienne caserne des gardes françaises. Là se trouvait la 10e cohorte.
Rateau et Boutreux, aussi résolus que leur chef, car ils tentaient cette impossible aventure avec une hardiesse inconsciente autant admirable qu'extraordinaire, frappèrent rudement à la porte de la caserne.
Une sentinelle était placée à l'intérieur. Elle appela aux armes.
Le chef du poste accourut, effaré. Il reconnaissait un général, il crut à une ronde exceptionnelle. Il salua et attendit les ordres.
Malet lui commanda d'aller prévenir le colonel de la cohorte qu'un général—le général Lamotte—avait à lui parler.
Ce nom de Lamotte que prenait Malet, se dédoublant, était celui d'un officier, ignorant de la conspiration et de l'abus que l'on faisait de sa personnalité. Le véritable Lamotte eut, plus tard, beaucoup de peine à se disculper. On crut longtemps qu'il était au courant des projets de Malet. Celui-ci avait choisi ce nom au hasard sur la liste des généraux et sans connaître celui dont il empruntait l'identité.
Suivant le chef de poste, Malet gagna la chambre du colonel Soulier. Un brave homme, ce Soulier, pas très intelligent, ayant fait les campagnes d'Italie et qui, se souvenant du glorieux Premier Consul, aimait beaucoup l'Empereur. Il expia cruellement sa crédulité.
Réveillé en sursaut, surpris de la visite d'un général dans sa chambre, accompagné d'un aide de camp, et d'un commissaire de police, éclairés par un falot, Soulier demanda, en se frottant les yeux, ce qu'il y avait.