Ils pensèrent qu'on leur cachait la vérité, et qu'il s'agissait d'un transfèrement ayant pour but la déportation. Lahorie mit beaucoup de lenteur à s'habiller. Guidal descendit, sa valise à la main, ce qui n'est guère une tenue pour marcher à la tête de troupes rebelles contre le gouvernement établi.
Leur stupéfaction fut grande en trouvant dans la cour Malet, qu'ils savaient être en prison, libre, en grand uniforme, entouré d'officiers et donnant des ordres. Évidemment, pour eux, une révolution s'était accomplie, dont les victimes du système impérial profiteraient.
Malet les embrassa et leur apprit rapidement qu'ils étaient libres, appelés à un commandement, et que l'Empereur était mort. Rien ne leur parut invraisemblable en ces nouvelles.
Guidal s'était lié, dans la prison, avec un Corse, nommé Bocchéiampe, détenu pour complot contre l'Empire. Il demanda à Malet de le mettre aussi en liberté. Boutreux reçut l'ordre de procéder sur-le-champ à l'élargissement de ce brave homme, qui, tout ahuri, fut ainsi englobé dans une conspiration dont il ignora tout, à laquelle il ne comprit rien, si ce n'est que, croyant recouvrer la liberté, il trouva la mort. Tout est fantastique en cette aventure.
—Tu es ministre de la police, dit Malet à Lahorie, tu vas te rendre à ton poste, tu prendras possession de l'hôtel et tu m'arrêteras Savary, mort ou vif.
Lahorie, toujours persuadé qu'il s'agissait d'un second dix-huit brumaire, accepta et s'en fut, on peut le dire, les yeux fermés, à l'hôtel de Savary.
Boutreux et Bocchéiampe avaient mission de se diriger vers la Préfecture de police, dont le titulaire était le baron Pasquier.
Rendez-vous général fut donné à neuf heures à l'Hôtel de Ville où Malet devait se trouver dès huit heures pour l'installation du gouvernement provisoire.
—Allez, dit Malet, en leur remettant des papiers contenant leurs brevets et des ordres pour les chefs de poste, il n'y a pas un moment à perdre, mettez-vous en mouvement!
Un simple planton fut dépêché par Malet à la caserne de la rue de Babylone, où se trouvait la garde municipale.