Le colonel, nommé Rabbe, vieux soldat, dévoué à l'Empereur, et qui avait fait partie de la cour martiale dans l'affaire du duc d'Enghien, vit entrer chez lui, vers sept heures et demie, un adjudant, tout essoufflé.

—Mon colonel, dit l'adjudant, du seuil de la chambre, nous avons beaucoup de nouveau aujourd'hui...

Le messager tremblait, ne trouvait pas ses mots, remuait fébrilement des papiers qu'il tenait.

A la fin, il finit par maîtriser son émotion et apprendre au colonel la mort de l'Empereur, à Moscou, tué d'un coup de feu sur un rempart, disait-on, et il lui lut les ordres qui lui étaient donnés.

Rabbe, très troublé, murmura:

—Nous sommes perdus! qu'allons-nous devenir!

Il ne douta pas une seconde de la vérité de la nouvelle. Il ne songea pas à discuter les ordres transmis. Il fit prendre aussitôt les armes à son régiment, s'habilla à la hâte et se rendit avec un bataillon à l'hôtel de la place, où il était mandé.

Tandis que le brave et naïf Rabbe court ainsi à la mort, le restant de son régiment occupe les postes qui lui sont assignés. Personne ne soupçonne la fraude. Aucune suspicion ne vient aux soldats et aux officiers. On accepte le fait qui s'accomplit. L'obéissance et la discipline triomphent partout.

Lahorie et Guidal s'étaient rendus au ministère de la police générale. Les hommes du poste les laissèrent passer. Pouvaient-ils s'opposer à l'introduction de deux généraux en uniforme, suivis d'un bataillon?

Le ministre de la police était Savary, duc de Rovigo, ancien général de l'armée de la Moselle, aide de camp de Napoléon; il était tout dévoué à l'Empire et à l'Empereur.