Savary était couché quand les conspirateurs le surprirent.

C'était un grand travailleur, et bien souvent il passait les nuits à traduire des dépêches de l'Empereur et à expédier les instructions qu'il avait reçues du quartier général impérial sur tous les points de l'Empire.

Il avait écrit jusqu'à l'aube, cette nuit du 23 octobre, et il se couchait à peine quand il entendit un grand tumulte dans la cour de son hôtel. Un piétinement de chevaux, des voix d'hommes, un remuement d'armes lui parvenaient aux oreilles. Il ne savait à quelle cause attribuer ce bruit, quand son valet de chambre se précipite tout bouleversé:

—Monseigneur! monseigneur! cria-t-il, on vient vous arrêter!

—Quelle folie! dit Rovigo. Voyons, que signifie cette plaisanterie?... J'ai besoin de dormir, qu'on me laisse!...

—Mais, monseigneur, c'est très sérieux, reprit le domestique. L'hôtel est plein de soldats. Il y a en bas un général qui vous demande. Il dit qu'il vient pour vous arrêter... Entendez-vous, ils montent le grand escalier!... Ils montent, monseigneur!...

Et le valet de chambre courut à la porte mettre le verrou, en disant:

—Je suis venu prévenir monseigneur... pensant que monseigneur avait peut-être des papiers à mettre en sûreté...

Savary avait repoussé les draps, et se tenait, immobile, hésitant, pensif, assis sur le bord du lit, ses jambes nues pendantes, ayant à la main le caleçon, que le domestique, en tremblant, lui avait passé, et qu'il ne songeait point à enfiler.

Le duc de Rovigo murmurait, très abattu, en homme qui s'interroge et cherche l'explication d'une accusation imprévue, imméritée: