—Qu'ai-je donc fait à Sa Majesté?... pourquoi a-t-elle donné l'ordre de m'arrêter?... Et il ajouta, entre les dents: Je parie que c'est encore quelque canaillerie de Fouché!... L'Empereur écoute donc toujours ce fourbe, ce coquin!...
La première pensée du ministre de la police était donc qu'on venait, au nom de l'Empereur, s'assurer de sa personne. Il s'efforçait, dans son trouble, de deviner la cause de cette rigueur si soudaine et ne trouvait aucune raison vraisemblable à la mesure de rigueur qu'on lui annonçait.
Un tapage considérable se produisait dans la chambre voisine, et l'empêcha de s'arrêter plus longtemps à cette recherche. On n'allait pas tarder sans doute à lui apprendre pourquoi on venait l'arrêter.
—Au nom de la loi, ouvrez! cria une voix.
Et en même temps, sous la lourdeur des crosses, la porte céda.
Le panneau d'en bas fut enfoncé, et, par cette ouverture, un soldat, baïonnette au canon, pénétra dans la chambre. Puis un autre, puis un troisième surgirent devant le duc, le couchant en joue.
Enfin la porte toute grande fut ouverte et Savary, stupéfait, vit s'avancer un général, apparition surprenante: c'était Lahorie qu'il avait fait coffrer, et qu'il croyait bien gardé, à la Force. Il était pourtant réellement en face de lui, vêtu en général, l'épée au côté, commandant à des soldats qui paraissaient lui obéir, ce prisonnier d'État. Que se passait-il donc? Savary semblait emporté dans un cauchemar, et cependant il se dit qu'il était bien éveillé. S'il ne rêvait pas, c'est que le monde était renversé. Les détenus se promenaient et arrêtaient les gens. C'était à ne pas croire ses yeux.
—Sacré nom de D...! dit Lahorie, familièrement, presque gaiement, ta chambre est comme une forteresse?... Ah çà! mon vieux Savary, tu es étonné de me voir, n'est-ce pas?
Le duc de Rovigo ne put que balbutier:
—C'est donc vous, Lahorie?... que faites-vous ici?... Comment n'êtes-vous plus à la Force?...