—Ah! voilà donc l'affreuse méprise!... La Violette, elle était innocente... et moi qui osais la soupçonner... moi qui calomniais l'Empereur... Oh! vite, partons... Allons retrouver Alice... je veux me mettre à ses pieds... lui demander pardon!... Crois-tu que je l'obtiendrai?...

—Je pense que ce drôle aurait bien dû dégoiser tout cela à Combault, quand je l'ai accommodé d'un coup de chausson dans le parc... Enfin! suffit!... Le mal est réparable... mon colonel, mam'zelle Alice vous aime toujours... Elle a pleuré toutes les larmes de ses yeux depuis qu'on était sans nouvelles de vous...

—Tu penses qu'elle me pardonnera?

—J'en suis sûr... Elle me disait souvent: «La Violette, que fait-il?... je sais qu'il n'est pas parti pour l'armée... il est resté en France... Je suis sûre qu'il va revenir...»

—Elle disait cela, mon Alice?...

—Oui, mon colonel, et elle en pensait encore plus long qu'elle gardait pour elle...

—Je comprends tout, à présent... sauf une chose: pourquoi Maubreuil avait-il combiné cette machination? Dans quel but?... oh! je le saurai... mais pour le moment, le plus pressé c'est d'aller chercher mon pardon... La Violette, peux-tu trouver des chevaux, nous allons nous rendre à Combault sur-le-champ...

—Vous voulez courir la campagne, la nuit?... mais on ne nous laissera pas franchir les barrières... il faut le mot d'ordre.

—Je l'ai, dit vivement Henriot.

Et, en même temps, le souvenir du général Malet auquel il l'avait confié traversa son esprit. Le remords qu'il avait déjà éprouvé s'accrut au souvenir de la lettre lue avec Marcel et de l'indignation que l'ex-major avait montrée en découvrant les espérances que les royalistes fondaient sur Malet. Peut-être ne s'évadait-il que pour tenter quelque coup de main avec l'alliance des Anglais et des émigrés. Il résolut de réparer en partie sa faute. Il n'avait plus de motifs pour se venger de Napoléon, puisque l'innocence d'Alice comme celle de l'Empereur lui étaient à présent démontrées.