—Donne-nous ton adresse, dit La Violette, on peut avoir besoin de toi!...
Sam hésita un instant, puis, rassuré par les deux napoléons qu'il palpait dans son gousset:
—Je demeure rue d'Argenteuil, no 14, dit-il. Je me fie à vous, gentlemen; ne donnez pas mon adresse!...
—Sois tranquille. Après-demain j'irai te porter les deux napoléons promis... et jusque-là ne te fais pas arrêter, surtout!...
—Oh! j'y veillerai... Vivent Vos Honneurs! dit gaiement Samuel Walter.
—Crie plutôt: Vive l'Empereur! dit La Violette; ça signifie quelque chose, ce cri-là.
Enflant ses joues, Sam lança dans la nuit, avec son accent de cabotin forain, un retentissant: Vive l'Empereur!
—Ça fait toujours plaisir d'entendre crier ça, hein, mon colonel? dit La Violette portant la main à son bonnet de police.
—Oui! oui!... répondit Henriot ému, ça fait du bien!... Il y avait longtemps que j'avais envie de le crier et que je n'osais pas!...
Alors, comme ils s'engageaient dans un passage désert qui conduisait à la cour des Fontaines, Henriot répéta à mi-voix, comme une incantation magique, comme une formule sacrée: