Ces soldats, rassemblés sur la place Vendôme, ne comprenaient pas très bien. Ils crièrent quand même avec ensemble: «Vive l'Empereur!»
Il se produisit alors dans Paris un va-et-vient étrange et presque comique. Les troupes furent renvoyées dans leurs casernes. Il y eut des mutations dans les prisons. Les vrais ministres, Savary, Pasquier, furent tirés de la Force; Malet, Guidal, Lahorie, les remplacèrent.
Les soldats de la garde de Paris et les hommes de la 10e cohorte regagnèrent avec docilité leurs casernements, commentant ces allées et venues, ces ordres contradictoires, et se demandant si, cette fois, on ne les abusait point, et soupçonnant une conspiration, un coup d'État dans les nouvelles arrestations qui se produisaient.
Le colonel Rabbe fut surpris par ce revirement comme il l'avait été par la nouvelle de la mort de l'Empereur. Il n'avait pas encore eu le temps de finir de s'habiller pour rejoindre ses hommes: «Qu'avez-vous donc fait, colonel Rabbe? lui dit Doucet, et comment avez-vous pu, sans un ordre de la place, envoyer vos compagnies se promener à droite et à gauche?» Rabbe ne put que confesser qu'il avait perdu la tête en apprenant la mort de l'Empereur.
Guidal et Lahorie se laissèrent arrêter sans résistance. Tous deux croyaient à la réalité du pouvoir de Malet, issu d'un sénatus-consulte. Lahorie se faisait prendre mesure d'un habit de cérémonie, et Guidal déjeunait tranquillement au restaurant quand on les empoigna. Ils s'étaient crus ministres réguliers. Ils avaient conspiré sans le savoir. Aussi n'avaient-ils pris aucune précaution, tenté aucune action. Les soldats de Lahorie n'avaient pas de pierres à leurs fusils; des morceaux de bois, comme à l'exercice, tenaient lieu de l'amorce.
Boutreux et le Corse Bocchéiampe furent arrêtés sans difficulté.
A midi tout était fini. Le rideau était tiré sur cette farce émouvante. Comme à la fin d'une féerie, acteurs et spectateurs se demandaient comment on avait pu être dupe d'une semblable illusion.
Cambacérès se rendit aussitôt au palais de Saint-Cloud. Il apprit à l'Impératrice la conspiration et son rapide dénouement.
Marie-Louise se montra fort peu émue. Elle se disposait à monter à cheval, et parut contrariée seulement de la visite de l'archichancelier, qui retardait sa promenade.
—Eh bien, monsieur, dit-elle d'un ton calme, qu'auraient pu faire de moi vos conjurés, de moi, la fille de l'empereur d'Autriche?