Et elle congédia Cambacérès, sans paraître attacher aucune importance aux événements qu'il lui annonçait.
L'apathie de Marie-Louise ici pouvait n'être qu'une feinte. Elle était peut-être, sinon dans le secret de la conspiration, du moins avertie que quelque chose se tramait contre son mari.
La désaffection qu'elle témoignait déjà s'accrut d'un certain mépris pour ce trône impérial, que des inconnus, évadés de prisons, avaient pu mettre un instant en péril.
Le comte Frochot paya par la suite d'une révocation justifiée la crédulité avec laquelle il avait accueilli la nouvelle de la mort de l'Empereur, et le zèle qu'il avait mis à faire préparer un salon à l'Hôtel de Ville pour la séance du nouveau gouvernement.
Il eut beau s'écrier quand on lui révéla l'imposture de Malet et la fausseté du bruit de la mort de Napoléon: «Je me disais bien qu'un si grand homme ne pouvait mourir!» Il fut destitué.
Les conjurés, leurs complices, et aussi les militaires, coupables surtout d'avoir obéi trop passivement à des ordres hiérarchiques qu'ils croyaient réguliers, furent déférés le 27 octobre à un conseil de guerre.
La commission chargée de juger les accusés, au nombre de vingt-quatre, fut ainsi composée: comte Dejean, grand officier de l'Empire, premier inspecteur général du génie, président; le général de brigade baron Deriot, le général baron Henry, le colonel Géneval, le colonel Moncey, le major Thibault, juges; le capitaine Delon, rapporteur.
La séance s'ouvrit à sept heures du matin. A quatre heures du matin, l'arrêt fut rendu.
Malet eut une attitude très ferme, prenant tout sur lui, assumant toutes les charges, revendiquant toutes les responsabilités.
Le rapporteur eut cette interruption qui montre le sang-froid de Malet devant ses juges: «Je prie monsieur le président d'imposer silence à Malet qui dicte les réponses à tous les accusés.»