Malet, Rabbe, Soulier, Piquerel, Borderieux, qui étaient décorés, furent exclus séance tenante de la Légion d'honneur.

Le jugement fut exécuté le 29 octobre, à quatre heures du soir, dans la plaine de Grenelle.

Le colonel Rabbe et le caporal Rateau obtinrent un sursis et virent leur peine commuée.

Vers trois heures de l'après-midi, sur la place de l'Abbaye, où des gendarmes à pied, à cheval, et un demi-escadron de dragons étaient rangés en bataille, sept fiacres vinrent s'aligner.

Les portes de la prison s'ouvrirent et les condamnés furent conduits deux par deux dans les fiacres. Ils furent placés au fond ainsi; dans chaque voiture, deux gendarmes se tenaient sur la banquette de devant.

Le lugubre convoi se mit en route par les rues Sainte-Marguerite (aujourd'hui rue Gozlin), Tavanne, Grenelle-Saint-Germain, les Invalides, l'avenue La Motte-Piquet; il longea l'École militaire, traversa le Champ de Mars et passa à l'endroit où avait été fusillé Babœuf.

Durant le trajet, Malet, placé dans le premier fiacre avec Lahorie, lui dit simplement:

—Général, c'est votre indécision qui nous a mis ici!

Le reproche n'était qu'en partie fondé. Si Malet avait prévenu Lahorie qu'il n'était qu'un ministre d'insurrection, celui-ci eût agi plus sérieusement qu'il ne l'a fait. Il se croyait fonctionnaire régulier, stable; de là son temps perdu à essayer des vêtements et à lancer des invitations à dîner.

Très ferme, très héroïque fut Malet jusqu'au dernier moment. Il y eut même de la pose et de l'emphase théâtrale dans ses dernières paroles: