—Jeunes gens, souvenez-vous du 23 octobre! dit-il en apercevant un groupe d'étudiants.
Devant l'École militaire, il salua en criant par la portière:
—Soldats! je tombe, mais je ne suis pas le dernier des Romains!
Un cordon de troupes contenait les curieux. Quand les voitures débouchèrent de la barrière de Grenelle, on cria: A bas les chapeaux! Chacun se découvrit: c'est l'usage devant les suppliciés; on salue la mort qui passe et préside. A moins que ce ne soit seulement la curiosité qui fasse pousser aux spectateurs des premiers rangs ce cri forçant les mieux placés à se découvrir, pour leur permettre de mieux voir.
Il tombait une pluie fine et froide. La foule s'éclaircit, les guinguettes qui avoisinaient l'École militaire et la barrière se remplirent. Toutes les fenêtres furent occupées.
Les voitures s'étant arrêtées dans le carré, les tambours battirent aux champs. Les condamnés marchèrent d'un pas ferme, pour la plupart, à l'endroit désigné pour l'exécution.
Malet était le premier; le pauvre Corse Bocchéiampe, fourré dans cette passe, sans qu'il y eût la moindre volonté de sa part, traînait la jambe le dernier. Il réclamait un prêtre.
Quelques-uns de ces malheureux parlèrent en cette minute affreuse.
—Ma pauvre famille! mes pauvres enfants! sanglotait Soulier.
—Quelqu'un d'entre vous pourrait-il me faire l'amitié de me dire pourquoi on me fusille? demanda tranquillement Piquerel s'adressant aux soldats du peloton.