Et Neipperg, devenu tout à fait joyeux, de l'air d'un écolier achevant une niche, se leva, ouvrit la porte et cria par deux fois:

—Napoléon!... Napoléon!...

—Est-il fou? pensa Maubreuil, ou bien est-ce le whisky de mistress Betsy qui lui chauffe la tête?

—Vous allez voir... c'est fort plaisant! dit Neipperg se tournant vers Maubreuil... Regardez!... écoutez!...

Alors, dans l'embrasure de la porte, se dessina une silhouette étrange...

La lueur rougeâtre des bûches calcinées s'éteignant dans l'âtre, et la flamme frissonnante des chandelles fumeuses dont le suif coulant se figeait en stalactites jaunes sur le cuivre des flambeaux, éclairaient l'apparition fantastique...

Sur le seuil, s'avançait lentement, un peu voûté, le front légèrement incliné, les mains croisées derrière le dos, un homme enveloppé de la redingote grise, coiffé du petit chapeau, avec l'habit vert traditionnel, le gilet blanc, la culotte de casimir, les bottes... Rien ne manquait à l'exactitude du costume.

—Pardieu! l'on dirait l'empereur Napoléon en personne! murmurait Maubreuil surpris, et il ajouta en lui-même: L'amour aura rendu fou ce galant Autrichien... Que diable signifie cette mascarade?...

—Vous n'avez pas tout vu, dit Neipperg avec un sourire où se mêlait une expression vive de haine rayonnante, regardez bien, monsieur de Maubreuil... Allons! Napoléon, fais la révérence à monsieur! commanda-t-il ensuite du ton d'un montreur de bêtes.

L'apparition se décoiffa et fit deux ou trois profonds saluts de théâtre.