—Votre Honneur a tapé un peu fort aujourd'hui... Votre Honneur était en verve... C'est sans doute la présence de monsieur qui la disposait si bien... Avec la permission de Votre Honneur, je prendrai un second verre de whisky... et puis j'aurais grand besoin que Votre Honneur me fît l'avance de ma guinée d'après-demain... celle d'hier était dans la poche de mon gilet, en mauvais état sans doute, elle a dû tomber sur le chemin... la guinée d'aujourd'hui, je l'avais mise par précaution dans la poche de ma culotte... elle n'était probablement pas en meilleur état, cette poche maudite, que celle du gilet, et ma seconde guinée aura rejoint la première sur la route...
Neipperg, avançant le bras, fit un mouvement vague. Il n'écoutait pas ce que lui débitait cet homme, méprisable sosie sur lequel il passait sa colère et dérivait sa haine. Son explosion de fureur passée, il redevenait sombre, un peu honteux de l'excentricité de sa vengeance par procuration. Il se disait: Ce comte de Maubreuil va avoir une singulière opinion de moi! Bah! J'avais besoin d'un témoin pour cette petite exécution en effigie... Si d'aventure la chose s'ébruite, on se moquera un peu de moi, à Paris et à Londres, on me traitera de fou, de maniaque, mais on se moquera bien davantage de Napoléon!...
Et cette perspective rassurait Neipperg et ne lui faisait nullement regretter l'incartade accomplie en la présence de Maubreuil.
L'aventurier cependant, qui n'avait pas cessé de fixer son regard sur l'étonnant ménechme de l'Empereur, dit tout à coup, quand Neipperg eut congédié le plastron après lui avoir donné la guinée qu'il implorait:
—Je vais vous faire une proposition, monsieur de Neipperg...
—Laquelle? dit celui-ci comme sortant d'un rêve.
—Il faut me céder Napoléon... votre Napoléon, bien entendu, ce drôle enfin!
—Qu'en voulez-vous faire?... voudriez-vous lui administrer, vous aussi, une correction qui soulage et permet de trouver le temps moins long du châtiment effectif?
—Il y a beaucoup mieux...
—Quoi donc?...