—Diable!... vous m'intriguez! et Napoléon, pas ce coquin-ci, l'autre, le vrai, le pire?...

—Oh! je ne l'oublie pas... D'autres que moi pensent aussi à lui. Il y a en ce moment à Paris, dans les prisons, en province, dans divers régiments, dit Maubreuil avec gravité, de braves jeunes gens exaltés et quelques conspirateurs émérites qui attendent, eux aussi, la délivrance de la France!... Ils tablent sur des projets audacieux, mais impraticables ou dont la réussite paraît invraisemblable.

—Vous ne croyez pas au succès de ces conspirations militaires?

—Moi, pas du tout, répondit froidement Maubreuil. J'aurai plus de fonds à faire sur cette guerre que vous prévoyez... La Russie est un pays redoutable, inconnu, dont on ignore les forces réelles, les ressources, les défenses... Vous avez peut-être de ce côté quelque chance...

—C'est, si je ne me trompe, l'espoir du comte de Provence...

—Notre prince a aussi une autre espérance...

—Il vous l'a confiée?...

—Je l'ai devinée...

—Et de quelle nature?...

—Impossible même de vous en donner l'ombre d'une idée... Sachez cependant que pour la réaliser,—oh! je n'ai pas encore dans ma tête tout le plan de la pièce,—mais votre Samuel Barker y aura un rôle important qu'il remplira, j'en suis sûr, consciencieusement... d'autant plus qu'il n'en saura le premier mot!... Bonne nuit, monsieur de Neipperg, et merci de l'instrument que vous venez de me confier en la personne du très peu recommandable Sam Barker...