—Un instrument, dites-vous?
—Oh! une partie d'instrument tout au plus!... Quelque chose comme la gaine dissimulant le poignard... Encore une fois merci, et good night, mylord!...
—Vraiment, ce comte de Maubreuil est plus excentrique, plus fou que moi!... Parfait gentleman d'ailleurs et détestant cordialement Napoléon, murmura Neipperg, regardant l'aventurier s'éloigner dans le corridor, précédé du digne Billy Chestnut passablement gris, et portant un candélabre avec un balancement inquiétant, comme si le plancher de l'auberge eût été le pont d'un navire.
Et Neipperg ajouta en pénétrant dans sa chambre:
—Que diable veut-il faire de ce faux Napoléon?
[IV]
MAMAN QUIOU
Le roi de Rome était né au milieu des acclamations de l'armée et des bons souhaits du peuple, auxquels répondaient sourdement des imprécations et des appels à la mort, dans les rangs des royalistes et des agents de l'Angleterre.
Quelques républicains, du genre de Malet, maudissaient la venue de cet enfant qui consolidait l'édifice impérial.
Mais l'immense majorité de la nation éprouvait joie et confiance en voyant Napoléon, radieux, tenir dans ses bras, comme un nouveau trophée de gloire et d'espérance, ce fils qui pour lui devait s'appeler Napoléon le Désiré.
La félicité paternelle n'étourdit pas Napoléon au point de lui faire négliger l'éducation toute spéciale de son héritier. On dut le préparer dès le plus jeune âge au rôle d'empereur qu'il lui faudrait un jour tenir, quand son père ne serait plus là et qu'il s'agirait de contenir vingt peuples alliés, rassemblés sous les aigles françaises, lorsqu'il lui appartiendrait d'administrer l'Europe des bouches de l'Escaut aux confins des steppes de la Dalmatie, et de maintenir, avec la paix, les conquêtes et la gloire dans la succession du moderne Charlemagne. O rêves magnifiques! ô splendeurs illusoires d'un mirage menteur, entrevu à côté de ce berceau, où, dans les dentelles, dormait celui qu'on supposait encore l'héritier désigné de la moitié du globe.