Une gouvernante fut donnée au jeune prince. Elle se trouvait être une femme de rare mérite, madame de Montesquiou,—maman Quiou, comme l'appelait le petit roi en son parler enfantin.
Madame de Montesquiou n'eut pas l'heur de plaire à Marie-Louise. Celle-ci réservait toutes ses faveurs à madame de Montebello, dont elle avait utilisé la complaisance lors de l'aventure de Neipperg, et la veuve de Lannes était jalouse de la gouvernante.
Bonne, attentive, dévouée, madame de Montesquiou remplaça Marie-Louise auprès du fils de Napoléon, car l'Impératrice n'eut jamais qu'une affection fort modérée pour son enfant. Elle le voyait à peine dix minutes par jour et encore trouvait-elle le moyen d'effrayer et de faire crier le bébé, lorsqu'elle venait l'embrasser en descendant de cheval, balançant sur sa grosse tête un lourd panache de plumes d'autruche.
La véritable mère du roi de Rome fut maman Quiou.
Elle s'était efforcée de réprimer le caractère volontaire et irritable de son pupille, subissant la formidable hérédité paternelle. Des consignes sévères avaient été données pour que le jeune prince ne pût jamais sortir sans être accompagné de sa gouvernante.
Un matin que l'enfant blond accourait seul vers le cabinet de l'Empereur, il trouva la porte fermée.
—Ouvrez-moi! je veux voir papa!... dit-il avec un petit ton impératif à l'huissier qui répondit:
—Sire, je ne puis ouvrir à Votre Majesté...
—Pourquoi cela? je suis le petit roi!
—Mais Votre Majesté est toute seule, je ne puis lui ouvrir!