—J'espère, messieurs, qu'on ne dira pas que je néglige l'éducation de mon fils... Il sait très bien sa civilité puérile et honnête...
Le roi de Rome alors expliqua le motif de sa brusque venue.
Il se promenait dans le jardin des Tuileries avec sa gouvernante, à l'heure du conseil, quand une femme en deuil, accompagnée d'un jeune garçon à peu près de son âge, vivement s'était approchée malgré les gardes et avait fait tendre par son enfant une pétition que le petit roi avait prise.
—Remettez cela à l'Empereur, avait dit la femme; c'est de la part de la veuve d'un de ses soldats!...
La sensibilité du prince avait été émue par l'aspect de cette mère et de cet enfant aux sombres vêtements, et il avait grande hâte de remettre la pétition à son père.
—Tiens, papa, dit-il avec gravité, le salut aux ministres accompli, voilà ce que m'a donné pour toi un petit garçon dans le jardin. Il est habillé tout en noir. Son papa a été tué à la guerre et sa maman demande une pension... je la lui ai promise!...
—Ah! mon gaillard, tu donnes déjà des pensions, toi!... Diable! tu commences de bonne heure!... Enfin, c'est accordé... là, es-tu content?...
Et Napoléon, serrant son fils contre sa poitrine, l'embrassa longuement.
A l'époque où reprend notre récit, le roi de Rome n'est pas encore en âge de solliciter et d'obtenir des pensions pour ses protégés. Ce n'est qu'un bel enfant blond, promenant sa royauté en cheveux bouclés, dans une petite calèche traînée par des moutons habilement dressés par Franconi, à la grande joie des promeneurs des Tuileries.
Au retour de la promenade, la gouvernante, qui savait que l'Empereur, lorsqu'il avait un instant de libre, ne manquait jamais de lui faire signe pour qu'elle lui amenât son fils, qu'il caressait avec effusion, et qu'il gardait auprès de lui durant quelques instants, prolongea son attente sous les fenêtres du cabinet impérial.