Napoléon, tout en dictant à son secrétaire Méneval, allait et venait, de la cheminée à la fenêtre de la pièce, selon son habitude.
Il aperçut la gouvernante, et, aussitôt, interrompant la dictée, il lui fit signe de monter.
Après avoir étreint avec amour son fils, l'Empereur fit un signe comme pour congédier madame de Montesquiou et son pupille, puis il se tourna vers Méneval pour reprendre la dictée.
La gouvernante, bien qu'ayant parfaitement compris l'intention de l'Empereur, ne bougea pas. Après avoir confié le roi de Rome à l'une des femmes de service, qu'elle savait à la portée du cabinet impérial, elle demeura silencieuse, immobile, droite, un peu comme en faction.
Surpris, Napoléon fronça d'abord le sourcil, puis dit avec brusquerie:
—Voyons, maman Quiou, que se passe-t-il? Votre élève n'est-il pas sage?... Non? ce n'est pas cela? Avez-vous donc quelque chose à me demander? Eh bien! parlez!... je suis pressé et je ne sais pas deviner ce qui s'agite dans la cervelle des femmes...
La gouvernante, un peu troublée, fit d'abord une grande révérence, puis dit avec quelques balbutiements:
—Sire, j'ai reçu ce matin la visite de madame la duchesse de Dantzig, qui m'a priée de solliciter une grande faveur de Votre Majesté!...
—La maréchale Lefebvre désire une grâce de moi?... Parbleu! n'est-elle pas assez grande personne pour la demander elle-même? Lui faut-il des ambassadrices, à présent, ou bien est-ce que je lui fais peur?... On ne la nomme donc plus la Sans-Gêne? Oh! oh! elle a peur de quelque chose, cette luronne?... voilà qui me surprend... Alors, ajouta l'Empereur, c'est donc bien grave?...
—Non, Sire, mais la maréchale a craint d'importuner Votre Majesté!... et puis elle assure que vous ayant déjà demandé une grande faveur, elle craint d'être trop indiscrète.