—Vraiment?... la duchesse de Dantzig est une excellente femme que j'aime beaucoup... Je ne partage pas du tout, à son égard, les sentiments railleurs des gens de ma cour qui se moquent de ses façons un peu rondes, par trop familières, j'en conviens... Dame! c'est une vaillante fille du peuple que j'ai connue autrefois, dans ma jeunesse, et qui a bravement fait son service sur les champs de bataille... Elle écorche, il est vrai, la langue française, ses expressions pittoresques sentent le faubourg et la caserne plus que le faubourg Saint-Germain et l'Académie, c'est encore exact. Elle ne se tient pas très correctement assise dans un salon, et dans son manteau de cour ses jambes s'embarrassent... je le reconnais avec tout le monde ici. N'importe! Je l'estime, cette bonne maréchale, et j'entends que tout le monde, à ma cour comme ailleurs, ait pour elle les plus grands ménagements, les plus absolus respects... Il ferait beau voir, reprit l'Empereur, s'animant et semblant s'adresser à Méneval, mais se parlant à lui-même, qu'on osât se montrer plus délicat que moi pour les manières, et plus difficile que je ne veux l'être pour le bon ton des femmes de mes meilleurs serviteurs... Lefebvre, je le lui ai déjà dit, a peut-être eu tort de se marier sergent, mais je lui ai pardonné... A elle aussi, la bonne Sans-Gêne, j'ai promis d'oublier qu'elle avait été blanchisseuse... A présent, maman Quiou, faites-nous vite connaître cette mission... Que désire la duchesse de Dantzig?
—Sire, son fils adoptif, le commandant de hussards Henriot, se marie.
—Ce brave officier qui m'a pris Stettin avec un peloton de cavaliers? Oh! je ne l'ai pas oublié. Et qui épouse-t-il?
—La fille d'un officier des armées de la République, sous les ordres duquel le maréchal Lefebvre, alors sergent, avait servi.
—Le nom de cet officier?
—Beaurepaire.
—Il fut de mes amis! dit vivement l'Empereur. Il a défendu héroïquement Verdun et s'est donné la mort, dit-on, plutôt que de rendre la ville dont il avait la garde. S'il avait survécu, je l'eusse fait comte et général. Ma foi! je suis bien aise de cette alliance. Voilà une famille qui se fonde sur de glorieux souvenirs. A quand le mariage?
—Après-demain, Sire... Je dois servir de mère à Alice de Beaurepaire, qui est orpheline, et la duchesse de Dantzig a espéré que Votre Majesté consentirait à signer au contrat...
—J'accepte! dit avec bonne humeur l'Empereur. Assurez la maréchale Lefebvre de ma présence... Nous assisterons à la cérémonie... Mais j'y pense, la duchesse de Dantzig ne doit pas être loin d'ici... ni votre jeune fiancée non plus?... Toutes deux doivent attendre près d'ici une réponse...
—Votre Majesté a deviné juste.