—Mais si nous voulons la paix, il faut que l'Empereur sache bien que nous ne sommes pas de mauvais citoyens, reprit Jean Sauvage avec assurance. Le jour où, par malheur, la victoire nous abandonnerait, le jour où l'ennemi, prenant sa revanche, viendrait, comme autrefois, jusque dans nos demeures insulter à nos courages inutiles, le jour où à notre tour nous connaîtrions les humiliations de la défaite et les horreurs de l'invasion, alors, j'en fais le serment, ici, devant vous, monsieur le maréchal, nous nous lèverions tous en masse, nous abandonnerions nos chevaux, nos sillons, nos femmes, nos enfants, et chacun de nous ferait alors son devoir... nous montrerions aux envahisseurs étonnés ce que peuvent les paysans de France courant aux fourches!...
—Je transmettrai à l'Empereur vos vœux et vos patriotiques paroles, mon ami, dit Lefebvre d'une voix émue... mais j'espère qu'il ne sera jamais nécessaire de vous les rappeler... Nous avons nos sabres et nos fusils pour repousser l'ennemi, si jamais il osait se présenter par ici; gardez vos fourches pour remuer le foin, vos fléaux pour battre le grain!... Au revoir, Jean Sauvage! mes amis, plaisir et bonne santé à tous!...
Et le maréchal s'éloigna avec ses invités, au milieu des acclamations réitérées des paysans.
Catherine Lefebvre cependant, bien qu'impressionnée par l'attitude et par les paroles de Jean Sauvage, car elle sentait que ce paysan briard exprimait les craintes, les pressentiments et les alarmes de tous les Français, voulut dissiper les inquiétudes qui s'étaient répandues parmi les invités.
—Venez faire un tour dans les galeries du château! dit-elle gaiement. On ne vous a pas tout fait voir, et nous avons, comme tout seigneur, notre galerie des ancêtres à montrer!... Allons, Henriot, donne le bras à ta fiancée; moi, je m'en vais avec Lefebvre, bras dessus, bras dessous, comme autrefois...
—Comme toujours, ma bonne Catherine! répondit Lefebvre, offrant avec empressement son bras à sa femme.
Et tous deux, guidant le cortège des invités, comme à une noce villageoise, montèrent processionnellement le perron du château.
Là, après avoir parcouru vestibules, salons d'honneur, chambres de gala et salles à manger de grande réception, la maréchale conduisit le cortège vers une galerie, sur la porte de laquelle était peinte une épée à coquille simple, épée ancienne, de simple garde ou de sergent, croisée d'un bâton de maréchal avec une couronne ducale et un chapeau de vivandière au-dessus, armoiries singulières et naïves.
On entra. La pièce était nue. Une série d'armoires fermées garnissait seulement les murailles.
Catherine ouvrit la première de ces armoires.