—Nous regarderons celle-ci tout à l'heure... au tour de la défroque de Lefebvre à présent!...

Et, comme elle l'avait fait pour elle, successivement, elle fit voir l'uniforme de garde-française qu'avait porté Lefebvre avant la Révolution, son sabre de lieutenant de la garde nationale au 10 août, son costume de voltigeur au 13e léger, puis son uniforme de général, quand il avait remplacé Hoche à l'armée de la Moselle, son habit de sénateur, son grand uniforme de maréchal de France...

Les broderies ternies, les passementeries fanées, les brûlures faites par la poudre, les trous témoignant du passage d'une lance russe ou d'un sabre autrichien, faisaient de ce vestiaire domestique comme le musée de la gloire, le reliquaire de la piété patriotique...

Tous les assistants étaient émus et nul ne songeait à railler, quand, ouvrant la dernière armoire qu'elle avait réservée, Catherine offrit à leurs regards deux costumes de paysans alsaciens, l'un d'homme, l'autre de femme:

—Avec ces humbles vêtements, Lefebvre et moi nous voulons être enterrés, dit-elle... cette jupe, je l'ai portée paysanne, cette blouse fut celle de Lefebvre quand il était au moulin, dans son village... avec ces modestes habits nous irons dormir ensemble pour toujours!...

—Oui... c'est mon vœu le plus cher! dit Lefebvre; vous le voyez, mes amis, voilà nos armoiries à nous et nos galeries d'aïeux!... L'Empereur nous a faits duc et duchesse, nous sommes restés ce que nous étions... et quand on enterrera Lefebvre, le soldat, et Catherine, la cantinière, dépouillés alors de leurs dignités, de leurs habits de cour, nous voulons qu'on dise d'eux tout simplement:

—Lefebvre et sa femme, la Sans-Gêne, n'avaient point de portraits généalogiques à montrer... leurs parchemins c'étaient leurs habits de travail ou de combat... ce n'étaient point des descendants, eux, ce furent des ancêtres!...

[VI]
L'EMPEREUR AMOUREUX

Pendant la visite à l'armoire aux reliques domestiques que Lefebvre et Catherine avaient dirigée, Napoléon s'était retiré dans le pavillon séparé mis à sa disposition par ses hôtes.

Il avait annoncé son intention de passer la nuit sous le toit hospitalier de Lefebvre et de ne retourner que le lendemain matin à Paris, après la cérémonie religieuse qui devait être célébrée dans la chapelle du château.