—Oui, cher monsieur, nous reparlerons de votre étrange, de votre invraisemblable conviction, dit Lefebvre avec son ordinaire bonhomie; croirais-tu, ma chère, que M. le comte de Maubreuil, qui revient de Londres, est persuadé que nous allons avoir la guerre avec la Russie?... Voyons! est-ce croyable?... est-ce que l'empereur Alexandre n'est pas l'ami, l'admirateur, l'élève, comme il l'a dit, de notre Empereur?... Alexandre ne jure que par Napoléon... D'abord, je les ai vus s'embrasser, moi, à Erfurt!...

—Ah! monsieur prévoit une guerre avec les Russes?... M. de Maubreuil pourrait être meilleur prophète que tu ne le crois! répondit Catherine d'un ton sérieux. Les paroles de Napoléon, lors de l'audience aux Tuileries, lui revenaient à la mémoire.

—Pardonnez-moi, madame la duchesse, reprit Maubreuil avec une grâce parfaite, je ne veux pas attrister votre fête par des présages fâcheux... j'espère me tromper, et M. le maréchal me pardonnera de l'avoir retenu pour de si incertaines conjectures...

Et, saluant Lefebvre, il s'avança vers Catherine et très bas lui dit:

—C'est à vous, surtout, madame la duchesse, que je désirais parler... Je suis envoyé par M. de Neipperg, qui est à Londres... Où et quand puis-je vous voir, loin des indiscrets?... Ce que j'ai à vous dire a de l'importance et ne doit pas être entendu ni deviné ici... Nous sommes trop près...

Et Maubreuil, d'un coup d'œil, désigna le salon réservé à Napoléon.

Au nom de Neipperg, la maréchale avait tressailli. Elle soupçonnait quelque nouvelle intrigue dont Marie-Louise était l'objet.

Inquiète, elle dit rapidement, à voix basse, à Maubreuil:

—M. de Neipperg n'est pas à Paris, au moins?...

—Non, madame, je l'ai laissé à Londres... il se disposait à se rendre à Saint-Pétersbourg, avec une mission de son gouvernement.