—Le patron m'a prescrit de me rendre à Brie-Comte-Robert, en marchant toujours sur la route, reprit-il, une fois qu'il eut rejoint la grande allée du parc... là, je trouverai de l'argent et un passeport à l'auberge du Soleil-d'Or... bien!... mais il faut d'abord sortir de ce maudit parc... Ah! j'aperçois un mur, pas trop élevé, fait à souhait pour l'escalade... voilà le moment de me souvenir des leçons d'évasion gymnastique qui me furent données par cet honorable voleur de Newgate, vétéran des prisons d'Angleterre...
Et Sam, de plus en plus satisfait, son petit sifflement d'air de gigue aux lèvres, s'apprêta à grimper lestement sur la crête de la muraille...
Déjà il avait levé le genou gauche et empoigné d'une main le rebord du pignon avec agilité, tandis que son pied droit, s'enlevant de terre, allait se poser sur une aspérité du mur, quand une poigne solide s'abattit sur lui. Il se sentit enlever ou plutôt arracher du mur, en même temps qu'une voix forte s'écriait:
—Nom de nom! Qu'est-ce que tu fiches là, toi, à cette heure-ci?...
Sam avait roulé à trois mètres. Il se releva, tout abasourdi, en baragouinant un juron en anglais:
—Un goddam! redit la même voix, un espion des Anglais, sans doute? Ah! nous allons voir ta frimousse, écrevisse de mer!...
Samuel Barker s'était rapidement remis. Il avait une certaine frayeur des sabres, des lances, des baïonnettes, et généralement de toutes les choses perforantes et saillantes; mais une lutte avec les armes naturelles ne lui répugnait point. Il avait appris à boxer avec les voleurs de Londres et se piquait d'une certaine force dans l'art de tambouriner un adversaire, après l'avoir pris en chancellerie, c'est-à-dire en lui maintenant la tête serrée sous le bras, offrant ainsi une surface inerte où faire rouler les coups de poing.
Dans l'ombre, il avait reconnu que son antagoniste ne portait aucun sabre, et, de plus, qu'il était d'une très haute taille, un désavantage à la boxe. La partie était donc plus qu'agréable. Sam estima qu'il ne devait point reculer et qu'il y allait de son honneur d'accepter le combat qui lui était offert. Il ne pouvait d'ailleurs guère le refuser. L'homme qui l'avait assailli, et si rudement descendu de la crête du mur, lui barrait le passage et marchait sur lui pour le saisir à nouveau.
Sam, qui avait interrompu l'air de gigue, se remit à siffler; l'aplomb lui était revenu. Il se campa résolument sur ses jambes arquées, arrondit les coudes, espaça ses poings et, au moment où l'homme s'approchait de lui, avec l'intention visible de le prendre au collet, il détendit, comme un ressort qu'on fait jouer, son avant-bras et détacha deux très beaux coups de poing qui atteignirent en poitrine l'assaillant et le firent trébucher.
Celui-ci poussa un grognement: