Après le service religieux à la cathédrale, l'empereur Alexandre se rendit au château et reçut les députations des notables et des propriétaires de Wilna.

Au cours de la réception, un courrier extraordinaire fut annoncé.

Alexandre, surpris de l'arrivée de ce messager, suspendit la réception et donna l'ordre qu'on l'introduisît sur-le-champ.

Il se nommait Dividoff et était l'un des principaux secrétaires de l'ambassade de Russie à Paris. L'ambassadeur l'envoyait pour informer le czar d'un incident fâcheux survenu à Paris.

M. de Czernicheff, chargé d'une mission en France et que Napoléon traitait avec amitié, avait profité de ses relations dans le haut personnel administratif français, et de la complaisance nuisible et coupable avec laquelle on le laissait pénétrer dans les bureaux, pour corrompre un employé du ministère de la Guerre et lui faire livrer, moyennant espèces, des pièces fort importantes, concernant la situation des places, les approvisionnements et l'organisation de l'armée ainsi que les places d'attaque, en prévision d'une guerre avec la Russie. Malheureusement, M. de Czernicheff avait laissé tomber aux mains de la police une lettre contenant le nom du traître et des révélations précises sur ses coupables agissements. Un des domestiques de l'ambassade russe, qui avait servi d'intermédiaire, était en prison, et le prince Kourakin, l'ambassadeur, avait vainement réclamé son serviteur en invoquant les privilèges diplomatiques.

M. Dividoff était donc envoyé spécialement pour expliquer à l'empereur Alexandre cette situation. Napoléon était furieux et ne doutait pas que la Russie, tout en multipliant les envoyés et les assurances de paix, ne se préparât secrètement à la guerre et ne cherchât à en rejeter sur lui la responsabilité aux yeux de l'Europe et devant l'histoire. Cette découverte lui avait fait brusquer la mise en mouvement de ses troupes.

Et M. Dividoff ajouta:

—Sire, le maréchal Davout, qui commande le 1er corps, est déjà en route!

—Vous l'avez vu? demanda vivement Alexandre.

—De mes yeux vu, au delà de la Vistule, frontière de Prusse, à Elbing...