—Si, ma foi. Tu peux même me servir plus que tu ne le penses peut-être.
—Et comment cela?
—Voici l'affaire:
»L'estimable Amphytryon dont nous venons de manger le dîner, qui n'était pas déjà trop bon comme cela, M. R.... enfin, ton cosignataire à Bahia, m'a appris que tes armateurs, en t'envoyant ici, t'avaient donné l'autorisation de traiter pour le joli brick que tu commandes, dans le cas où tu trouverais à faire un marché avantageux.
—C'est vrai; mais j'ai reçu aussi l'ordre de ne donner le navire qu'au prix de seize mille piastres. C'est, du reste, un excellent bâtiment, sortant des chantiers, construit pour une grande marche, et qui navigue aussi bien qu'on peut le désirer.
—J'ai envie d'acheter ton brick; car je te dirai avec franchise, et entre nous seulement, que j'ai un plan en tête. Je veux enfin faire encore quelques petites affaires sur mer pour mon compte, et c'est un fin voilier que je cherche. Le prix ne me fera rien, si je puis me procurer ce que je désire.
—En ce cas-là, mon cher, je pourrai faire ton affaire et la mienne.
—C'est cela, et voilà entre nous deux un marché presque terminé. Mais cependant, malgré toute la confiance que j'ai en toi, je sais qu'il n'est pas de capitaine qui n'ait un faible pour le navire qu'il commande, et, involontairement, tu pourrais bien m'avoir exagéré l'excellente marche et les qualités de ton brick, par cela seul qu'il est ton brick.
—Mais il ne tient qu'à toi, si tu le veux, de te convaincre, autant que possible, de la réalité d'une partie des qualités que je lui ai trouvées.
—En l'essayant un peu dans la baie, n'est-ce pas?