—Sans doute.

—C'est justement là ce que je voulais te proposer. Je sais fort bien que ce n'est pas en courant ça et là quelques petits bords sous terre, que l'on peut éprouver complètement un navire et juger exactement de ce qu'il doit être à la mer; mais, néanmoins, un marin devine bien à peu près, en bordaillant pendant quelques heures, si un bâtiment vire bien ou mal de bord, s'il est facile ou difficile à gouverner, et s'il porte ou ne porte pas la voile. Quel jour veux-tu que nous essayions ton bateau ou plutôt notre bateau, puisque déjà nous sommes en marché?

—Demain, si tu le veux, si la brise est bonne.

—C'est cela, demain. Le plus tôt possible est toujours le mieux avec moi. Ainsi, c'est entendu. Demain matin, dès que l'amante de Céphale ouvrira en souriant les portes de l'Orient, comme disent les poètes, j'arrive à ton bord: nous appareillons deux minutes après, et nous faisons torcher à ton ship autant de toile qu'il pourra en porter.

—C'est une affaire convenue. Tout sera prêt pour te recevoir.»

Le reste de la soirée se passa entre nous deux en entretiens intimes, et je vis avec un plaisir extrême que Mainfroy n'avait rien perdu de son ancienne gaîté. En nous séparant, moi pour retourner à mon bord, et lui pour aller coucher je ne sais où, nous nous embrassâmes comme déjà nous l'avions fait, en nous retrouvant, quelques heures auparavant.

Le lendemain matin, exact au rendez-vous qu'il m'avait donné, j'étais à peine levé, que je le vis arriver à mon bord dans une grande embarcation chargée de provisions et montée de douze à quinze robustes lurons qui m'avaient l'air d'être des matelots.

—Que veux-tu faire de tout ce monde-là? lui demandai-je dès qu'il fut rendu assez près de mon brick pour pouvoir m'entendre.

—Ce que je veux faire de tout ce monde-là, dis-tu? Mais de quel monde veux-tu parler?

—Pardieu! de cet équipage complet que tu m'amènes-là!