Lestume.—Oui, mais ça compte pas, ça. Les Turcs, c'est pas des matelots: c'est des chalandous de la rivière de Nantes, et c'est pas plus marins que des Parisiens.
Lhommic.—Ah! ma foi, moi, j'aime mieux rester rouillé, que d'me dérouiller à coups de boulets.
Lestume.—Oui, j'crois avoir doutance que t'as pas le coeur bien guerrier; mais je te relev'rai l'courage, n'aie pas peur. J'ai demandé z'au capitaine de frégate à te donner z'un poste sur la dunette, parce que c'est là qu'il y a le plus de tabac à recevoir dans un combat, et ça forme un jeune homme plus vite. Et puis, vois-tu bien, j'ai dit au capitaine d'armes, qu'est mon ami: «Quand vous ferez votre ronde dans l'combat, pour voir s'il n'y a pas des capons aux pièces, faites-moi l'amitié d'passer votre sabre dans l'ventre au petit Lhommic, qu'est de mon pays, Breton comme moi, et qui m'a-t-été recommandé, s'il n'y va pas rondement.» Ainsi, si tu fais un mouvement horizontalement, t'es bien sûr d'être pas manqué.
Lhommic.—A votre idée, maître Lestume! Mais c'est z'une drôle de recommandation que vous avez donnée là au cap'taine d'armes.
Lestume.—Ecoute donc, c'est comme j'te dis: l'capitaine d'armes et moi, j'sommes une paire d'amis, et on s'rend d'petits services à la mer, comme de raison; et il ne sera pas dit qu'un Breton comme moi, un enfant de Brest, aura fait la galine à bord d'un vaisseau où c'que maître Lestume a été contre-maître du gaillard d'avant, et dans un combat où il y a des coups, Dieu merci, à recevoir pour tout l'équipage.
IV.
Première Causerie du gaillard d'avant.
Le novice Ivon.—Dites donc, maître Laouénan, vous qu'avez vu le Grand-Mogol, qu'est-ce que c'est, sans être trop curieux?
Maître Laouénan.—C'est un Mogol qu'a une barbe respectable, toute blanche, jusqu'à son pont de culotte, et qui, tout d'même, n'a pas de pantalon, attendu que c'est une manière de Turc ou d'Ottomane, comme on dit dans le pays.