—Pour corriger les hommes qui étaient trop méchants.
—Mais puisqu'il est si puissant et si despote à son bord, et qu'il peut tout faire d'un seul commandement, pourquoi, une supposition, n'a-t-il pas dit à ces hommes: Corrige-toi, tas de gueux et de vermines, plutôt que de les noyer comme de vrais pourceaux? Belle fichue manière de corriger quelques coupables, que de noyer tout le monde en bloc!
—Vous ne pouvez pas comprendre tout cela, maître Canon; vous n'avez pas la foi, comme on dit.
—Mais je comprends bien la mort de votre seigneur Jésus-Christ, cependant. Votre bon Dieu n'a-t-il pas laissé mourir son fils, comme un simple particulier, par exemple? hein! Ripostez, s'il vous plaît, à cette botte-là, vous qui êtes si crâne dans les écritures?
—Il a laissé mourir son divin fils, pour nous racheter de nos péchés, vous, moi et les autres.
—Eh bien! moi, je vous donne mon billet, que si j'avais été à la place du bon Dieu, j'aurais plutôt vendu jusqu'à ma dernière casaque, que de laisser condamner mon enfant à faire sa dernière grimace sur la croix.
A cette idée de la casaque du bon Dieu, les assistants, qui jusque-là avaient gardé leur sérieux, ne purent s'empêcher d'éclater de rire. Maître Mailloche, tout déconcerté, quitta en marmottant le lieu de la discussion; et maître Canon, tout triomphant, laissa couler sur les traces de son interlocuteur vaincu, un flux d'arguments, au milieu desquels on entendait encore ces mots: Il m'a fait manger une messe, mais j'ai fait avaler des os de poulet à sa procession.
Le mot de la casaque du bon Dieu n'eut garde d'être perdu à bord du brick. Long-temps encore après le débarquement de maître Canon, on ne parlait de lui qu'en le désignant sous le nom de la Casaque du bon Dieu. C'est sous ce sobriquet qu'il navigua à bord d'une douzaine de navires, jusqu'à sa mort.
Que Dieu soit en paix à ce brave impie!