—Vous avez vu hier cependant, maître Mailloche, à quoi vous conduit votre belle religion!

—Ce n'est pas ma religion qui a fait tout le mal, c'est vos os de poulet, plutôt.

—Et pour des os de poulet, faut-il tuer un homme, morbleu?

—Ce n'est pas le bon Dieu, encore une fois, qui est la cause de ce qui se fait de mal en ce monde.

—Votre bon Dieu, puisque bon Dieu il y a, a de vilains soldats à son service, et vous pouvez vous en vanter.

—Mais qu'avez-vous tant à reprocher à mon bon Dieu, au bout du compte? N'est-ce pas lui qui a permis aux canotiers de notre bord, de nous retirer de la patte de cette canaille du Passage?

—Comment! ce que j'ai à reprocher à votre bon Dieu? Vous avez le front de me demander cela à moi? Ce n'est pas moi seulement qui lui reproche ce qu'il a fait anciennement: c'est tout le monde.

N'est-ce pas lui qui a fait tenter notre première mère par un serpent à sonnettes, sur un arbre, et qui a puni plus de cinq cent millions d'hommes avant leur naissance, parce que l'épouse de M. Adam, que vous ne connaissez pas plus que l'an quarante, avait mangé une pomme ou une poire de trop?

—Mais si c'est pour votre bonheur que le bon Dieu a fait tout cela?

—Oui, c'est pour notre bonheur à présent, qu'il a rendu malheureux un tas de pauvres b... comme vous et moi, n'est-ce pas? Et puis ensuite, pourquoi le bon Dieu, par exemple, qui est si bon, a-t-il fait le déluge?