—Tout-à-l'heure, ayant commandé de brasser tribord devant, les gens de quart m'ont répondu qu'ils n'obéiraient pas tant que cet animal-là, le cuisinier, serait amarré dans la grand' hune.

—Et le maître, qu'a-t-il dit?

—Pas le mot: il est d'accord avec les cabaleurs.

—Ah oui! Eh bien, nous verrons un peu quel parti prendre… On pourrait bien provisoirement faire sauter une ou deux cervelles pour mettre le reste à la raison… Mais ce serait là un moyen un peu violent, et aujourd'hui je ne me sens pas d'humeur à faire le crâne. Si c'étaient cependant de vaillans matelots comme j'en ai connus, je ne dis pas… on pourrait bien peut-être s'escrimer contre eux; mais en vérité les canaillons que nous avons là, à commencer par leur failli-gars de maître d'équipage, n'en valent pas la peine… Oh! non, plus je les regarde et plus je cherche parmi eux, il n'y en a pas un, dans toute cette canaillasse-là, qui vaille décidément le coup de fusil…

—Ce n'est pas l'embarras, capitaine, si vous le désiriez, vous, moi et le lieutenant, à grands coups de trique, nous leur donnerions de la bonne volonté que de reste… Et si je n'en ai pas déjà rossé deux ou trois, quand ils m'ont refusé la manœuvre, c'est que je craignais d'interrompre la société d'arrière: vous étiez alors à causer avec les passagers.

—Des coups de trique! non pas, il nous faut quelque chose de plus risible, un châtiment plus grotesque pour des révoltés de cette espèce… Attendez, ils mangent beaucoup, n'est-ce pas?

—Comme des ogres, et paresseux comme des filles de joie! une heure et demie tous les jours à avaler leur soupe et une livre de biscuit.

—En ce cas: oui, c'est cela! Avertissez-les que dès aujourd'hui ils ne mangeront plus.

—Ça suffit, capitaine.»

Le second se mit à crier aussitôt, en s'adressant à l'équipage: